Auteur(s): Comte Vollenweider

Un pas de côté

Alors qu’elle est souvent vécue comme une contrainte, nous préférons considérer l’économie de moyens comme le berceau d’une nouvelle éthique. Cette dernière consiste en une attention pour les détails et une tendresse pour les matières et les lieux. Nous aimerions contribuer à ce que l’œil perçoive la matérialité de l’architecture partout, dans un rapport de proximité inattendu. Comme l’écrivait Gottfried Honegger : « Nos yeux doivent impérativement apprendre à penser ».

Pour nous, le chemin le plus direct pour aboutir à une juste architecture n’est pas la ligne droite. Si nous pratiquons volontiers le détour, ce n’est ni par coquetterie ni par recherche d’effets. Ces « pas de côté » sont le fruit d’un mode de pensée sans a priori, nous permettant de demeurer véritablement au service des projets.

Au quotidien, nous échangeons avec les professionnels et questionnons les habitudes. Nous interrogeons ce que produit notre propre main, tout comme ce que permet le geste de l’artisan, ou le processus de l’industriel.

La recherche sur les matières, leur mise en œuvre délicate, l’attention portée aux jonctions produisent un objet remarquable. Traité avec soin, le banal devient précieux, échappe à sa condition et fait sens.

La cité artisanale de Valbonne

Si nous citons l’architecture de la grange pour le projet de la cité artisanale de Valbonne, c’est davantage pour ses qualités fonctionnelles que pour ses lignes, même si nous reprenons à notre compte sa massivité et son mode d’implantation, avec cette tension entre une base lourde et des éléments supérieurs légers. Le toit en tôle ondulée rappelle la couverture des maisons de montagne. L’usage que font les artisans de leur atelier – nécessitant résistance et adaptabilité –, ainsi que les contraintes économiques de ce type d’ouvrages trouvent ici leur solution.

Certes – pour paraphraser le titre d’une exposition de Daniel Buren, A tiger cannot change its stripes – on ne peut changer les rayures d’une tôle. En revanche, on peut composer avec elles. Dans l’imaginaire collectif, la tôle ondulée est un matériau des favelas. Pour nous, elle présente de belles ondulations. Placée au cœur d’une trame géométrique, la tôle a alors le pouvoir « d’activer » une surface, participant à un jeu de lumières, volumes et plans. L’alternance des pentes des toitures transforme les toits en une mer galvanisée.

Nous aimons les matières brutes qui ne nécessitent ni enduit ni peinture, car elles sont d’un entretien aisé et d’une grande pérennité. Ces matières ont également une présence plastique, un grain poétique avec lesquels nous travaillons. À la cité artisanale, le béton porte l’empreinte des panneaux en « tripli » mis en place en fond de coffrage. Il entre en dialogue avec ces mêmes panneaux de particules utilisés en fermeture des murs à ossature bois à l’intérieur des ateliers. Cette matérialité accroche la lumière et donne au béton une profondeur supplémentaire. Elle permet également d’absorber les irrégularités inévitables d’un béton coulé en place.

Programme : cite artisanale