Auteur(s): DDA & Fassio Viaud architectes

Un coin perdu

Un coin perdu entre le chemin de fer, les lignes à haute tension, les usines et la route.
Une pure et banale résultante du développement suburbain.
Un délaissé de l’agriculture. 
Un endroit dont l’âme a disparu depuis longtemps.
Un territoire délaissé, un programme ascétique pour accueillir des chiens et des policiers.
Trois unités fonctionnelles reliées par une cour de service: le personnel, les chiens, les services.
Un bâtiment triangulaire révélant une cour triangle.
Symbole de la stabilité, de la sécurité civile.
Les angles vifs, les murs massifs définissent une figure militaire défense.
Les murs extérieurs sont tout sauf feng shui…
Un objet noir absorbant la lumière pour mieux la révéler au cœur de sa masse.
Structurée, délimitée et pointant vers le ciel.
Cour mystique.
Cloître pur. 
Noire, couleur pouvoir, autorité, solennité, mystère.
Un professeur américain tordu a dit à propos de ce projet:
«… il manque juste l’œil de Dieu, brillant, dégageant le ciel inscrit dans le triangle, symbole de la trinité divine …».
Soyons clairs…: l’aspect religieux n’a jamais été considéré.
Une architecture de silence. 
Programmée et pensée pour se fondre.

Pas de compromis ni complaisance.Un navire furtif trace à travers les champs oubliés.
Il pourrait décoller demain.
Il n’est ancré nulle part.
Il pourrait être ailleurs ou tout autre demain.
La cour, jardin exubérant et les murs d’un blanc pur.
On pourrait y entendre rire et jouer les enfants. 
Non des chiens qui aboient et que personne n’entend.
La simplicité et l’économie permettent d’aller à l’essentiel. 
La pérennité est autant dans la matérialité bâtie que dans l’intentionnalité du sens.

L’architecture vit et survit par sa beauté, parce qu’elle séduit, anime, et même inspire les êtres; parce qu’elle est matière et parce qu’elle peut, trop peu mais parfois, transcender cette matière.

Herzog & De Meuron