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Auteur(s): CANONICA Marie-José, LAVILLE Béatrice
Contributeur: ENSA Nancy

Résistance par le terrain

S’écarter de la démarche linéaire de l’enseignement de projet, c’est stimuler un ensemble d’expérimentations ciblées du côté de la conception et non un découpage analytique de tâches. C’est proposer aux étudiants un site dans une agglomération qu’ils habitent déjà, le Grand Nancy, pour les amener à regarder ce paysage quotidien. L’ordinaire n’est pas ce que l’on connaît, mais ce que l’on ne voit plus, et même ce que nous voulons fuir.

S’emparer de l’ordinaire inexploité du terrain et résister au désir du « beau paysage », c’est l’arpenter comme un palimpseste. C’est dans ce glissement entre ce qui est sous nos yeux et ce que l’on ne perçoit plus que s’ancrent nos procédures d’apprentissage. Elles convoquent un ensemble de figurations et exploitent leurs valeurs représentatives et énonciatives par rapport au réel. Nous les souhaitons surprenantes. L’ordinaire du terrain et son fond paysager sont observés dans l’action : on lève la topographie, on façonne la maquette, on trace la coupe et sa série, comme autant de procédures expérimentales qui agissent par collision, ajustement et épuisement.

Le levé révélé implique l’œil à travers la mire et le corps dans l’espacement des piquets. La restitution en géométral comme en maquette interprète l’écart entre tracé et expérience du terrain. Elle préfigure dans sa réalisation le périmètre à mesurer et détermine des stratégies de terrassement.

La maquette, figure du sensible, questionne les composantes vues ou cachées du terrain, capte dans l’action de déconstruire/construire, ce qui fait sens. Par le choix de ses matériaux et assemblages, elle active l’interprétation sensible et métaphorique du terrain. Outil de rigueur dans son élaboration, elle conjugue singularités rencontrées et globalité du site.

La figure de la coupe montre l’assise dans le terrain, les continuités visuelles, vérifie la cohérence constructive et ouvre surtout à la richesse de l’imaginaire. Coupes reliefs, coupes collages situées, superposées aux photographies de maquettes, creusent dans la distance des vues transversales, latérales, obliques, contiguës, gigognes, induisant un déplacement qui ouvre à la narration.

La confrontation de ces figurations, issues de la nécessaire exploration du terrain, montre l’épaisseur stratifiée du sol et révèle ses écarts extraordinaires. L’action de figurer est déjà de l’ordre de la conception ; en en prenant conscience, l’étudiant est amené à savoir ce qu’il fait lorsqu’il le fait.
Activer la fabrication, expliciter la richesse de l’écart, sont des engagements prometteurs.

Programme : s'emparer de l'ordinaire