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Auteur(s): La Terre Ferme et DLW architectes

Pleine terre

Il était une fois une barre et une tour au sommet de Saint Nazaire. La barre regardait la rue des troènes sans troènes pendant que la tour regardait la rue des ajoncs sans ajoncs. Toutes deux tournaient le dos à un espace d’un vert sans intérêt. Quelques chênes du bocage effacé cohabitaient avec de nouveaux venus: le cèdre bleu de l’Atlas, le cyprès Lambert et le peuplier blanc. C’est ainsi que s’entendait la verte conversation dehors engagée depuis 1975. Dans le carnaval des bâtisseurs d’un rêve nouveau en terre rurale, on avait planté ces arbres tel un semis de confettis, et, dans la promesse d’eau et de plein ciel à tous les étages, on en avait perdu le paradis au pied: la terre.

En 2010, la Ville de Saint-Nazaire et l’office public d’habitat, Silène, décidèrent communément de s’y pencher et d’en faire un projet ouvert aux jardins dans le grand ensemble de sa ville Ouest. C’est ainsi que le quartier de la Chênaie devenait lieu d’un programme de renouvellement urbain soutenu par son agence nationale.

À l’invitation de DLW architectes, notre travail s’est concentré très vite sur l’idée simple de retrouver le paradis perdu.

La grande pièce de terre s’est transformée en clairière boisée repoussant la voiture en lisière. Les garages ont fait place à des logements en rez-de-jardin avec de petites terrasses bordant la clairière. Les balcons se sont étirés de terrasses de bois ouvertes au couchant. La place généreuse a été faite au vivant et au plaisir de la cueillette de plantes oubliées et du fruit défendu.

Au premier printemps, le paradis était retrouvé. À la demande des habitants qui souhaitaient en savoir plus sur les plantes, nous avons organisé une journée «cueillette, cuisine et botanique». Nous sommes venus avec des livres de plantes, un sécateur, du papier adhésif, des feuilles, un panier et un four à bois portable pour y cuire des pâtes à pizza fraîches mêlées d’huile d’olive et de plantes du jardin. Les enfants ont ramassé des cassis pour en faire un jus pressé. Une dame marocaine a cueilli la menthe sur le mur d’enrobé pour en faire une boisson et nous désaltérer. Il y avait de la fumée et une odeur de cuisson au bois dehors pendant que les enfant dressaient un herbier du jardin. Le goût de la terre, du dehors, de la cueillette étaient retrouvés, comme le rêve d’un oasis en tout lieu cher à Pierre Rabhi. Quoi de plus réjouissant finalement qu’une framboise à la bouche pour réaliser le plaisir d’habiter là?