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Auteur(s): HAHA
Contributeur: Frédéric Bonnet Obras, Collectif AJAP14

Petite leçon d’économie appliquée

« Construire en hêtre ? C’est peine perdue ! A quoi bon vous fatiguer ? Ça se saurait si le hêtre allait en structure…! »

Personne ne s’est vraiment rendu compte des passions, des débats et des litres de sueurs qui se sont écoulés, au fond de cette petite vallée vosgienne à l’occasion du projet de valorisation de la filière de bois local, initié par la chambre des métiers.

Personne, à l’exception peut-être d’une poignée d’individus qui s’étaient mis en tête de secouer les habitudes, d’expérimenter pour lever les doutes qui pèsent sur le bois hêtre, et oser défier des règles constructives centenaires.

Pour convaincre, il a fallu construire, édifier un « showroom » habitable, innovant, robuste et rassembleur. Fournir une preuve en quelque sorte. Tel était l’objectif du bâtiment périscolaire de Tendon. Les choix architecturaux étrangement inattendus mais profondément sensibles, rigoureux et avertis ont permis de transformer l’essai. Mais ce projet modeste qui s’est finalement penché sur l’utilisation du hêtre en structure, était avant tout une occasion globale de secouer les mentalités professionnelles, sociales et économiques d’une population et offrir ainsi les moyens de continuer à bien vivre ensemble dans ce petit village vosgien.

Recadrer la filière bois

Construire en bois dans les Vosges, comme ailleurs, est aujourd’hui assez évident. Depuis près de 20 ans, la prise de conscience écologique et l’industrialisation de la production, ont démocratisé, rentabilisé, et inscrit le matériau dans l’économie de la construction de l’habitat individuel et des équipements publics. Les retours sur expériences ont permis de convaincre, de rassurer et d’éduquer aux bonnes conduites de mise en œuvre et à la diversité d’expressions envisageables. La construction bois a ainsi dépassé le marché des architectures de chalets, qui en affirme l’aspect rustique, au profit de structures qui valorisent les qualités intrinsèques du matériau (thermiques notamment), jusqu’à le rendre quelquefois invisible. Le lobby progresse. Aidé par des organismes tels que le CNDB (Comité National de Développement du Bois), la filière part à la conquête des villes en proposant maintenant des solutions crédibles aux constructions de grande hauteur.

Des bois en conteneurs

A l’observer plus attentivement, cette stratégie de la filière interroge : elle semble incapable d’allier la sylviculture, le sciage et la mise en œuvre du bois dans une même région. Dans les Vosges, département sans conteste forestier, il ressort que la grande majorité des constructions sont élaborées à partir de bois résineux venus d’ailleurs, alors que l’épicéa est roi dans le massif. Quant au hêtre, réputé impropre à la construction mais néanmoins abondant, il traverse les mers du globe, vers des pays ou la main d’œuvre est moins chère, pour revenir transformé.

Car aujourd’hui les essences sont clairement attribuées ; sapins d’Allemagne en structure, mélèzes de Sibérie en bardages, hêtre pour l’ameublement, bois exotiques pour les ouvrages destinés aux usages en extérieur… sans que ces habitudes ne soient véritablement requestionnées.

Le meranti par exemple, essence exotique s’il en est, originaire d’Asie, est massivement utilisé par les fabricants de fenêtres en France et ailleurs, pour sa bonne résistances aux intempéries. Le mélèze ou le douglas qui poussent plus localement, et qui se vendent à des prix comparables, disposent aussi ces propriétés. Mais les habitudes entretiennent les économies d’échelles et des marchés bien rodés… ou presque… Le Modern Express avait l’habitude de transporter du bois et des engins de chantier, entre la ville d’Owendo au Gabon et le port d’Envers en Belgique. Mais ce jour de janvier 2016, la mer était agitée, les 3600 tonnes de bois se serait décrochées en soute, provoquant la gite du mastodonte. Dérivant pendant plusieurs jours, Il a frôlé les côtes du golfe de Gascogne nécessitant des moyens considérables de remorquage et mettant en péril la vie des secouristes. Rattrapé de justesse, il gît au port de Bilbao pour un long et coûteux chantier de démantèlement.

Du bois de chauffage

Peu utilisés en structure, les bois vosgiens sont par contre massivement utilisés au déchiquetage, à la fabrication de palettes et au bois de chauffage. Le pellet semble tout particulièrement intéresser la filière. Les projets industriels de fabrication de granulés, soutenus par les politiques publiques, sont globalement portés par les grands majors de l’énergie. Cette vision d’une économie à forte valeur ajoutée à court terme contraste donc avec la logique forestière, dont la valeur ajoutée suppose une vision à long terme, étendue sur plusieurs générations.

Il existe donc un décalage important entre les ressources forestières françaises, leur transformation et leur emploi dans le secteur de la construction, pourtant prolifique. Par exemple, les scieries d’îles de France ont paradoxalement disparu, alors que cette région est fortement boisée et dispose d’une croissance économique soutenue, notamment dans le domaine de la construction. Au-delà de l’impact environnemental, ce manque à gagner à des conséquences sur l’équilibre humain et sociétal des régions forestières qui perdent peu à peu les activités autour de leurs ressources.

Du bois AOC ?

Certaines initiatives ont cependant pris place afin d’encourager les projets faisant usage de bois locaux.

C’est le cas de la scierie coopérative « ambiance bois » sur le plateau de Faux-la-Montagne (Limousin). Les personnalités engagées sur cette scierie sont aussi celles qui sont les plus critiques sur les modes d’exploitation du patrimoine forestier limousin, l’un des plus importants de France, aujourd’hui décimé sans grande cohérence par des industriels de la plaquette de chaufferie. Cette scierie alternative, étonne par sa capacité à résister à la conjoncture. Positionnée sur des marchés plutôt locaux, développant par exemple une activité de construction à ossature bois dont le solde positif soutient l’activité de sciage proprement dite, la scierie a limité l’étendue de ses interventions, pour des raisons de distance : aucun chantier qui ne soit pas accessible depuis le siège en faisant une livraison dans la journée. Cette entreprise coopérative conserve aujourd’hui son activité alors que d’autres entreprises proches, positionnées sur des marchés plus étendus, ont déposé le bilan.

C’est aussi l’ambition du programme « 100 constructions publiques en bois local » de la Fédération Nationale des Communes Forestières, qui encourage des initiatives locales de valorisation des bois communaux, et interpelle directement les élus :

« Mesdames et messieurs les élus,

Que vous soyez, comme les maires des communes forestières, propriétaires de forêts ou non, des solutions existent pour valoriser le bois de vos massifs dans vos projets de bâtiments publics. Profitez de l’expérience de collectivités pionnières qui se sont engagées dans la construction en bois local, grâce à l’accompagnement d’un réseau national d’élus et de techniciens et réussissez à votre tour un projet innovant, démonstratif et porteur d’emplois. »

Car de quoi parle-t-on ? De filière courte, de la valorisation d’une ressource locale on l’aura compris mais également d’équilibres sociaux, économiques et culturels. Donc finalement du paysage vosgien, au sens très large du terme; des forêts à perte de vue, des scieries le long des cours d’eau, des tas de bois aux pieds des maisons, des fermes aux façades bardées, des entreprises de charpente le long des routes, des anciennes papeteries dans les cœurs de villages, des ouvriers, des savoir-faire, une mémoire collective et aujourd’hui une école d’ingénieurs spécialisée dans la construction en bois…

Développer des filières est avant tout profondément humain. C’est croire à des manières de vivre ensemble, et à la capacité d’un lieu à s’adapter et à se renouveler, sans cesse.

Patience, méthode et détermination

Associer les acteurs de la filière bois

L’expérience de Tendon illustre parfaitement l’envie de territorialiser la filière bois. Mais comme tout projet à contre-courant, le bâtiment du périscolaire ne s’est pas fait en un jour.

Le processus commence en 2008, initié par la Chambre des Métiers du département des Vosges en direction des artisans de la filière bois locale. L’objet étant « matériaux et systèmes constructifs bois, projets fédérateurs première et deuxième transformation du bois », il a pour vocation de rassembler scieurs et constructeurs. L’objectif initial est de mettre en place une cellule de suivi capable de définir et piloter le projet, puis d’accompagner les différents acteurs durant toute la durée de l’expérience par le biais de la création du CETIFAB (Centre des Techniques et Innovations de la Filière Artisanale Bois).

Plus concrètement, il s’agit d’intégrer les « scieries de pays » dans la boucle de la construction bois en maintenant leur place dans l’économie rurale et la transformation de la ressource locale.

L’ONF (Office National des Forêts) est également impliqué très en amont afin d’apporter sa parfaite connaissance du territoire, des essences et des cubages disponibles. Ses agents joueront un rôle prédominant au moment de la sélection des arbres, du bûcheronnage et du débardage.

La structure de suivi souhaite l’inscription du projet dans le cadre d’un marché public et plus précisément dans la construction très cadrée d’un ERP (Etablissement Recevant du Public). Un projet privé ou associatif aurait certes facilité le montage administratif et les contraintes normatives, mais il est important pour l’ensemble des acteurs de prouver la viabilité du processus en s’inscrivant dans un cadre volontairement rigoureux et normatif, afin qu’il soit reproductible. Pour cela le CRITT bois (Centre Régional d’Innovation et de Transferts Technologique de l’Industrie du bois) devient partenaire de l’opération, il a pour but d’assister, de justifier et de valider les dispositifs techniques innovant auprès du contrôleur technique. Il devra notamment doubler ses charges d’assurances professionnelles afin de pouvoir garantir le projet.

Un appel à projet est donc publié par l’association des Maires des Vosges, 12 candidatures sont présentées et la commune de Tendon est sélectionnée pour un modeste projet d’extension d’un centre périscolaire (à priori en agrandissant le préau couvert de l’école) et d’une halle couverte en plein cœur de village.

La commune de Tendon compte 500 habitants et autant d’hectares de forêt. L’exploitation forestière communale est d’ailleurs la première source de revenu de cette collectivité. Le sujet est pris au sérieux. Elle choisit de gérer l’abattage et le sciage et d’impliquer un acteur local, la scierie Vicente, spécialisée dans le bois de feuillu. Associé aux réunions préparatoires, le scieur apporte un savoir-faire de terrain précieux en complément des agents de l’ONF.

Dernier acteur clé de cette expérimentation, l’architecte recruté fin 2009, à l’issue d’un appel d’offre public.. L’agence Haha se distingue par ses nombreuses expériences en bois et ses motivations. De plus, l’architecte Claude Valentin, fondateur de l’agence, s’avère être originaire de Tendon (son grand père y était paysan) et ses bureaux ne se trouvent qu’à quelques kilomètres du village. L’hyper proximité est gage d’une parfaite connaissance du contexte politique, économique, culturel dans une dimension quotidienne, ce qui dans le cas du projet de Tendon est un atout indispensable.

Mettre au point une méthode

L’équipe est au complet, plusieurs pistes émergent au fur et à mesure des discussions qui intègrent des scieurs et des charpentiers locaux. Certains, notamment les scieurs, commencent à évoquer la possibilité d’utiliser du bois de feuillu en structure. La question des bois courts est également récurrente car elle permet de rentabiliser des chutes de sciage ou des ressources de mauvaise qualité.

Au fil des phases d’études et des propositions de l’atelier Haha, de nombreuses pistes sont évoquées au travers d’essences de bois (chêne, bouleau, hêtre, pin, douglas..) et de systèmes constructifs associés (poutres treillis, pièces massives en bois rond, fermes traditionnelles..).

Finalement c’est en phase APD (avant projet définitif) que les choix sont arrêtés. Le bois de hêtre, très présent à Tendon, sera la ressource et sera utilisé sous la forme d’une structure en caissons pour la réalisation des murs et de la toiture. Ils seront isolés en paille. Les parements intérieurs seront en lames de hêtre massif de petite taille et le parement extérieur en bardeaux de mélèze.

Tous s’étaient donc mis d’accord sur cette volonté de valoriser le hêtre de la commune en bois d’œuvre. Une manière d’anoblir cette essence délaissée à cause de spéculations industrielles : déroulage, papeterie, chauffage.

Il s’agissait par ailleurs de démontrer la possibilité de construire avec les bois courts, produits par ces scieries artisanales, sans aboutage, sans collage, avec des assemblages par vis et clous. Le principe technique des caissons de structure tient dans la réalisation de poutres reconstituées à partir de lames de hêtres de petite taille, juxtaposées et serrées entre deux panneaux OSB afin de reconstituer de plus grandes longueurs.

Le Hêtre deviendrait donc une ressource locale à valoriser d’urgence ?… Un gisement?

L’équipe ne tarde pas à se heurter aux premiers scepticismes et critiques tenaces. Et pour cause: le hêtre n’a jamais été utilisé en structure. Ses propriétés mécaniques le destinent clairement à l’ameublement (petites sections, petites longueurs, nerveux) et la plupart des spécialistes de la construction bois doutent de son utilisation en structure. Et les choix architecturaux n’arrangent rien…

La vision de l’architecte est déterminante dans l’expérience de Tendon. Lorsqu’il répond à l’appel d’offre, Claude Valentin connaît déjà parfaitement son sujet. Il a réalisé plusieurs bâtiments qui expérimentent les structures en bois, comme le projet de la Damassine, maison des vergers en éco-construction raisonnée, inspirée des fermes typiques du pays de Montbéliard. Il sait qu’il est nécessaire d’outrepasser les exigences du cahier des charges techniques pour contenter les spécialistes mais aussi et surtout sur le volet architectural global afin d’assurer la parfaite acceptation du projet par les usagers.

Un équipement pour le village

A Tendon, il s’agit avant tout de redéfinir le cœur de village et l’architecte saisit aussitôt la dimension urbaine de la demande. Ce projet « cœur de Tendon » réunira trois fonctions essentielles: religieuse (l’église), politique (la mairie) et enfin laïque (l’école et le périscolaire).

L’implantation du bâtiment dans une courbe de la rue principale de ce village rue, dans un pli topographique du relief vosgien, confère au bâtiment un rôle d’articulation tout particulier. En plan d’abord, puisqu’il renforce le mouvement naturel qui s’opère à cet endroit du village, et en coupe aussi, car son implantation en contrebas de la route et le choix d’une construction sur trois niveaux, fait émerger la volumétrie et génère une articulation entre les différentes altitudes en présence.

Le projet affiche ainsi une première singularité volumétrique.

Innovation et tradition

L »innovation technique apparaît riche de potentiels : elle induit de nouvelles formes, de nouvelles matières et de nouveaux usages.

L’approche de l’architecte est enjouée et dépasse largement le programme. Claude Valentin indique avoir fait le choix d’une architecture non standard afin d’éviter les réponses d’entreprises trop industrialisées. Le nouveau périscolaire a ainsi une forme « hybride ». C’est un polyèdre de bois inattendu et pourtant calibré en fonction des diverses données du contexte et notamment les vues à offrir. De plus, cette volumétrie compacte et verticale permet de réduire les coûts et d’optimiser les performances thermiques.

Mais construire en hêtre n’était pas suffisant, les idées fusent et le projet gagne en singularité ; isoler en bottes de paille et convoquer de cette manière la filière agricole, chauffer avec un simple poêle à bûche rayonnant en position centrale. Construire les cloisons, plafonds, vêtures intérieures, les bardages et toitures en bois, rien qu’en bois, supprimer le recours à la plaque de plâtre sur un chantier de construction. Le pari est difficile.

L’architecte revisite l’archétype de la « cabane », il convoque les émotions partagées de l’enfance. Ses espaces, ses matières, ses lumières que l’on réserve au passé ou à quelques semaines volées en été, il se les approprie et les met en œuvre, sans complexe, dans cet équipement du quotidien destiné aux enfants.

La double culture des architectes s’est avérée convaincante: une parfaite connaissance de modes opératoires sophistiqués des dernières innovations techniques (radier sur granulat de verre expansé, frein vapeur hygro variable, VMC double flux) et le recours à des savoir-faire constructifs ancestraux et locaux (tavaillons, bottes de paille, voliges…).

L’alchimie naît de la transversalité des questions posées: développer de nouveaux procédés constructifs et faire en sorte que les matériaux et les mises en œuvre soient démonstratifs, évidents et imprègnent les ambiances.

Bois de hêtre, paille, cloisons bois, poêle à bûches pour un équipement destiné à des enfants… le projet dépasse la simple innovation technique. Le terrain est favorable, exceptionnel, l’opportunité est rare. L’exercice de Tendon devient un jeu, qui laisse pantois les architectes habitués des constructions publics dans lesquelles ces pratiques sont souvent écartées car perçues comme autant de prises de risques.

Le projet se construit. Les premiers enfants l’intègrent, comme si de rien n’était.

Faire école

L’expérience de Tendon a correctement agi pour démontrer le savoir-faire des entreprises locales et certaines potentialités du bois de hêtre. Celui-ci est d’ailleurs en cours de normalisation. Une étude préalable menée par le FCBA (institut technologique Forêt, cellulose, bois, ameublement) a permis d’établir la caractérisation du hêtre en construction selon des classes d’usage, indispensable à l’élaboration des précieux « avis technique s» qui en garantissent les conditions d’usage.

Du point de vue constructif, le périscolaire de Tendon a permis de mettre au point un principe de poutre caisson constituée de lattes de hêtres serrées entre deux panneaux d’OSB. Cette solution peut s’avérer reproductible dans certains cas bien précis, mais soyons clair, il ne s’agit pas d’un procédé révolutionnaire destiné à l’industrialisation. L’expérience témoigne par contre d’une attitude particulière vis à vis des traditions constructives. Il ne s’agit pas de retrouver ou de réadapter une filière, une technique du passé, mais véritablement d’inventer un nouveau matériau : comprendre comment associer une matière brute à une mise en œuvre spécifique.

Sommes-nous donc face à une expérience isolée ? Une opération spectaculaire mais sans suite ?

A priori non, car la visée première était bien celle d’un transfert de méthodologie. Les maîtres d’œuvre, maîtres d’ouvrage, scieurs, constructeurs mais aussi et surtout les habitants de Tendon se sont pris au jeu. Chacun a valorisé son savoir-faire et renforcé son engagement. De plus, la communication très forte autour de ce modeste projet (Lauréat notamment du prix national de la construction bois en 2013) a largement contribué à diffuser cette méthodologie et aidé à lever les doutes.

Les hommes ont défini à travers l’histoire des usages précis pour chaque essence de bois. Il a donc fallu lever les doutes en confrontant différentes cultures. Lors de l’abattage des arbres, l’agent ONF était très positif en examinant les troncs abattus et la qualité du bois ; « Avec ça vous construisez des cathédrales » disait-il. M. Vicente, scieur local spécialisé dans le feuillu était, au contraire, beaucoup plus sceptique : « Y a rien à faire avec ça… » insistait-il, pour finalement se laisser convaincre et conclure avec humour « j’ai quand même bouffé des lames avec vos troncs mitraillés de la dernière guerre !».

Le cas du bois est un exemple contextuel. Ce type d’expérimentations engagées existent en France, disséminées sur le territoire et concernent une multitude d’autres matériaux et techniques de mises en œuvre. Certaines, comme à Tendon, sont inscrites dans des processus très organisés, impliquant une multitude d’acteurs pertinents, pendant que d’autres se mettent en place spontanément.

Les écoles d’architectures françaises croient aux vertus pédagogiques de l’expérimentation. AMACO (atelier matière à construire) qui rassemble les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau, et les écoles de Lyon et Grenoble situe ses recherches entre l’observation du bon sens vernaculaire, l’usage les matériaux disponibles et la manipulation des matières. Les étudiants architectes sont ainsi amenés à toucher, peser, assembler les pierres, plier, cintrer, claveter le bois pour mieux se saisir des qualités et des limites des matériaux.

Les architectes aussi se prennent au jeu. L’utilisation de la pierre de carrière par exemple, dans les travaux de Gilles Perraudin pour la pierre taillée et Hervé Beaudouin pour les bétons de pierres propose de restaurer un lien entre la construction et les matériaux disponibles sur place, en mettant au point une esthétique particulière et en considérant le geste de l’artisan comme décisif.

La récente Stratégie Nationale pour l’Architecture, portée par la Ministre de la Culture Fleur Pellerin a souhaité la création d’un « permis de faire », qui propose pour certains projets d’architecture, d’assouplir les réglementations. Un « écosystème favorable», selon Marc Barani responsable du groupe de projet, qui permette à l’architecture de rester une discipline faite d’innovations.

L’industrie enfin s’engage dans une démarche comparable. En Allemagne, on considère ces nouvelles filières avec beaucoup de sérieux. L’entreprise familiale Pollmeier développe des produits de construction en hêtre de très haute qualité et ses ambitions -100 millions d’euros investis ces dernières années dans un outil de fabrication de panneaux en bois déroulé- en disent long sur l’optimisme de l’entreprise et sa capacité à innover.

En France, l’expérience de Lineazen, qui développe des produits de construction en bois à haute performance est remarquable. L’entreprise a obtenu en janvier 2016 un avis technique sur un produit permettant la construction d’immeubles en bois de grande hauteur. Cette expérience est d’autant plus intéressante, que l’usine s’est implantée en Moselle, non loin des forêts vosgiennes. Cette terre, autrefois sidérurgique, vit aujourd’hui en grande partie de milliers d’emplois générés par la puissante finance luxembourgeoise voisine. Des tours remplaceraient durablement les hauts fourneaux ? Rien est moins sûr, depuis l’annonce récente de la levée du secret bancaire au grand-duché qui pourrait transformer ces sièges de banques en châteaux de cartes.

C’est donc d’une économie à forte valeur ajoutée, associée à un développement local et sociétal dont ont besoin les régions pour entrevoir une dynamique économique et sociétale sur le long terme.

Pendant ce temps, le village de Tendon s’est doté d’un équipement qui contribue au bien-être en milieu rural. Le projet a été complété dernièrement, en prolongement de la démarche engagée, d’une halle multi usage en bois empilé, façon japonaise. Elle offre dorénavant un lieu au marché, mais aussi un préau aux écoliers, et un cinéma de plein air à la belle saison. Voilà les vertus palpables de cette petite leçon d’économie appliquée.

Architecte
- HAHA
Maître d’ouvrage
- Commune de Tendon
Programme
- Accueil périscolaire et halle polyvalente
Lieu
- Tendon
Année de livraison
- 2012
Surface
- 380 m²
Coût
- 0.48 M € (accueil périscolaire)