Auteur(s): Bodenez et Le Gal La Salle architectes

Le Los-toen

Un pavillon des années 1970 dans la campagne finistérienne. Projet: chercher les potentiels du lieu, sublimer ses atouts. Travailler sur le contexte, jouer avec le site, que la maison ne soit plus un banal objet posé sur un terrain.

Le paysage au sud est grandiose (rade de Brest) mais la maison ne le regarde pas, un parking en gravillons se trouvant devant les fenêtres sud. La vue au nord est très dégagée, des champs et des bois, mais une barrière de sapins géants au pied de la maison cache absolument tout, et assombrit la terrasse (nord!). Le pignon est, totalement aveugle, donne sur un grand jardin. La maison est tristement banale, on la dirait sans aucun intérêt.

Réorienter la maison en repensant l’intégration dans le contexte, transformer l’usage pour y vivre mieux. Les atouts: une maison de plain-pied, une distribution centrale intéressante, un paysage superbe, un grand jardin à l’est inexploité. Un volume simple, bien proportionné, un toiture à deux pentes, sans artifices, en ardoise.

L’extension s’installe en continuité exacte du volume contre le pignon est existant: elle donne de l’intérêt au pignon. Il est «sculpté» pour devenir l’entrée principale. La toiture se prolonge par un large auvent qui marque le seuil. Ce débord généreux donne de l’ampleur, devient essentiel. Les habitants s’y tiennent, s’arrêtent un moment. Il marque la maison. Les propriétaires le nomment immédiatement pendant le chantier le «los-toen», littéralement «queue de toit» en breton, et terme plus adapté que «auvent» ou «casquette».

L’ensemble est enduit de couleur sombre. Le toit de l’extension est en ardoise, prolongeant à l’identique le volume de la maison existante. Les teintes sont choisies dans un souci d’intégration dans le contexte: ambiance de végétation dense, arborée, verts sombres, noirs, dégradés de gris des collines au loin.

Les plaques de bois, assemblées en calepinage similaire aux fenêtres de la nouvelle façade principale, sont peintes avec la même huile utilisée par les agriculteurs pour peindre les bâtiments agricoles en bois. Ce noir dilué laisse voir les veines du bois.

Ces teintes sombres et naturelles sont à associer à la pierre noire locale, avec laquelle fut construit au XIVe siècle le manoir attenant (le village de la pierre noire).

La maison ne forme qu’Une, elle a mué, ce n’est plus la maison d’avant «étendue», mais un nouveau contexte, un unique volume.