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Auteur(s): Cyrille HANAPPE
Contributeur: ENSA Paris Belleville

L’architecture au temps des dérèglements

À travers le Studio de Master Architecture des Dérèglements (Cyrille Hanappe) et le semestre 3 du Diplôme de Spécialisation en Architecture des Risques majeurs (Cyrille Hanappe, Pascal Chombart de Lauwe, avec Marie Aquilino), l’ENSA Paris Belleville s’implique depuis plusieurs années dans des thématiques dans lesquelles l’architecture a tardé à s’engager : celle des camps et des bidonvilles. Alors que deux milliards de personnes et 30 % de la population mondiale vivent en habitat informel, extrêmement peu d’architectes travaillent sur la forme et la technique de ces cadres de vie. Ils constituent pourtant un extraordinaire laboratoire d’innovation dans le domaine du développement durable au sens le plus large : économies d’énergie, échelle humaine, recyclage de matériaux, démocraties et économies locales, participation…

C’est ainsi que, depuis plus de trois ans, nous intervenons dans des bidonvilles de la région parisienne, ainsi que dans les camps de Calais et de Grande Synthe.
Dans le Studio Architecture des Dérèglements, les étudiants, après une analyse poussée sur des sites déterminés (bidonvilles de l’Essonne et de la Seine Saint Denis en 2013-2014, camps de migrants et squats du Nord-Pas-de-Calais en 2015), après des approches menées en concertation avec les habitants et les associations travaillant sur les terrains, après la prise en compte des possibilités « capacitatives » des populations, s’engagent dans la conception puis la construction de petits équipements (salle d’eau, salle polyvalente, cuisine partagée, maison d’accueil, etc.).

Le Semestre de l’urgence du DSA Risques majeurs s’est porté en 2015 sur la Jungle de Calais. La réduction des risques (incendie, inondation, tempêtes) porte le cadre d’intervention architecturale qui sert de support aux projets. Ces interventions s’élargissent néanmoins à un champ beaucoup plus large, en prenant en compte les données sociologiques et architecturales liées aux ressources disponibles, les économies et les capacités locales, le recyclage, la prise en compte des modes d’appropriation et de constructions attachées aux cultures personnelles des habitants. Les étudiants du DSA ont réalisé en octobre 2015 le premier relevé intégral de la Jungle de Calais puis un cahier de prescriptions architecturales et urbaines. Ces deux documents ont pu être utilisés par les associations travaillant sur le terrain. Par-delà, en donnant à voir ce qui est dans la jungle, c’est un travail pour la dignité des personnes qui s’est dessiné à travers ce relevé.