Contributeur: CELESTE Patrick, Architecte Conseil de l'Etat

La question des lotissements

Il est convenu de ranger le Tarn parmi les départements majoritairement ruraux. Situé à l’est de l’agglomération de Toulouse, en raison de cette proximité, il est soumis à son attractivité. Ainsi bien des villages, des bourgs ou des villes couvrent leurs périphéries de lotissements afin de loger les personnes, qui trouvent à Toulouse un emploi mais habitent là où cela leur est plus abordable. Mais encore, ceux qui ont leur emploi à proximité désertent les centres anciens et « font construire » un pavillon dans un lotissement aux abords des villages ou au milieu des champs. Ainsi le territoire se banalise, en raison de la « tertiarisation » de la population qui peu à peu « périurbanise » le monde « rural ».

Que faut-il entendre par « département rural » ou « commune rurale » quand il ne reste guère que 3 à 5 % de la population vivant directement de « la terre » ? Or c’est bien ce « paysage » rural qui à la fois constitue notre géographie et structure notre imaginaire.

Le phénomène semble inéluctable, il faut regarder la réalité en face. Ce qui compte alors ce n’est pas tant de l’empêcher, puisqu’il est là, c’est d’en freiner l’expansion et mettre en place d’autres manières de penser et de faire. Au même titre qu’il nous faut toujours réparer les dégâts de l’urbanisation brouillonne et pressée des « Trente Glorieuses », il nous faudra réparer et en intégrer les lotissements dans les tissus « périubanisés ».

Or, ni les architectes, ni d’ailleurs les paysagistes, ne sont actuellement acteurs dans la conception de ces lotissements ni dans la réalisation des pavillons. Géomètres, bureaux d’études et « pavillonneurs » ont la mainmise sur ce domaine, parce que « c’est comme ça » et que « c’est ce que les gens veulent ».

Conscient du manque criant d’ingénierie créatrice, l’État propose de légiférer et d’imposer la présence d’un architecte pour le projet des lotissements. Cette loi vient d’autant plus à point qu’elle coïncide avec la réorganisation du territoire et l’obligation faite aux communes de faire projet commun.

Riches de leur expérience et connaissances les architecte conseils savent qu’il est possible de faire autrement, d’être de son temps et de penser l’avenir. Ce travail, somme toute militant, peut se résumer en une question que nous posons aux élus auxquels nos conseils sont les plus directement adressés : « comment voyez-vous votre commune dans 20 ans ou 30 ans, que transmettrez-vous à vos petits-enfants ? » Ces questions suffisent déjà à relativiser les justifications premières qui nous sont avancées et un dialogue peut alors s’installer, plus distant et moins pris dans les tourments de l’urgence.

Programme
- Résorber l'étalement urbain