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Contributeur: Jérôme Baratier, Agence d'urbanisme de l'agglomération de Tours

Et si l’autoroute A10 ouvrait des passages urbains

Le territoire entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps est emblématique d’une condition métropolitaine contemporaine où s’est durablement installé un conflit entre grandes infrastructures de mobilité et milieux habités. La césure formée par l’autoroute en cœur d’agglomération ménage de rares points de passages, souvent fragiles, parfois improbables, à la limite du praticable.

Désireux de réinvestir ces espaces oubliés, la Communauté d’agglomération de Tours et VINCI Autoroutes ont souhaité recueillir des idées nouvelles pour reconnecter les tissus urbains et favoriser l’épanouissement des usages. Pour ce faire ils se sont inscrits dans le programme international Passages, espace de transition pour la ville du XXIè siècle, porté par l’Institut pour la Ville en Mouvement (IVM).

Un concours international d’idées a été lancé, organisé par l’agence d’urbanisme de l’agglomération de Tours, avec IVM et financé par VINCI Autoroutes et Tour(s)plus. Sept équipes ont été sélectionnées à partir de 50 candidatures françaises et étrangères. Elles ont été invitées à participer à un workshop de cinq jours, in situ, pour esquisser un scénario susceptible de démêler cette situation métropolitaine complexe. à l’issue du jury, composé d’élus locaux, de VINCI Autoroutes, de l’état et d’experts français et internationaux, le projet Micro-Poros proposé par le collectif Bau15 (M-A Durand, J. Aucant et S. Bonzani) a été désigné lauréat.

La stratégie du projet lauréat, consiste à apporter des microporosités sur des points clés situés à l’intersection de lignes de rupture et de lignes d’usage dessus, dessous et aux abords de l’autoroute. Il s’agit d’identifier ces points névralgiques, d’en activer les ressources latentes à la fois pour dénouer une situation très locales et en même temps pour contribuer à un processus de transformation majeure de ce qui a été jusqu’à présent une fêlure de l’urbain tourangeau. Ces micro-interventions sont conçues comme des tapis urbains, chacune de ces positions critiques contenant en elle-même le presque rien à partir duquel une régénération est possible.

L’idée que les potentiels de la ville de demain se situent sur ces territoires de la dissociation apparaît comme un des grands traits des stratégies contemporaines de l’urbanisme. En ce sens, l’intervention architecturale ou urbaine, toujours spectaculaire, est peut-être moins importante que les ressources qu’elle aura permis de mettre en jeu, que les forces qu’elle aura rendu visibles et sensibles. à l’horizon de ces micro-interventions se dessine une métropole où les milieux réels, imaginaires et symboliques sont à nouveau inter-reliés et où les tourangeaux à nouveau, se rencontrent.