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Auteur(s): RENAUDIE Serge, Architecte Conseil de l'Etat

Comment penser l’éolien dans le paysage de la champagne berrichonne

La vue d’une éolienne semble insupportable à beaucoup de défenseurs du patrimoine qui, niant l’urgence à trouver une alternative au tout pétrole, détourne le débat sur des considérations esthétiques sans fin : « c’est beau/c’est moche ».

Dès lors que toutes les conditions de sécurité pour les habitants et les animaux ont été réunies, pourquoi interdire des ouvrages utiles à la collectivité ? Les viaducs romains qui transportaient de l’eau à travers tout le territoire seraient aujourd’hui interdits de construction ?! Que dire également des clochers des églises qui s’imposent dans le paysage ?!

L’implantation d’éolienne relève d’une politique nationale de développement des énergies nouvelles, ne devrait-elle pas s’imposer à toute autre considération patrimoniale et conservatrice ? Réduire les zones d’implantation sous prétexte de défendre le patrimoine revient à considérer que certains territoires ont plus de valeur que d’autres contrairement au principe « d’égalité des territoires ». Pour intégrer les éoliennes au paysage, ne faut-il pas repenser ce paysage artificialisé par l’agriculture industrielle ?

La vision d’un territoire où les liaisons entre rus, haies et bosquets ont peut-être existé a été complètement « nettoyée » par l’agriculture intensive, ne laissant place qu’à quelques collines habitées par des hameaux ou des villages.

Dans ce paysage vidé de dimensions verticales, les éoliennes apparaissent immenses. Le paysage n’ayant plus qu’une seule composante horizontale, le débat sur le nombre acceptable d’éoliennes, c’est-à-dire à partir de quelle densité elles deviennent insupportables à l’œil… Si ce n’est pour des questions liées au passage des oiseaux migrateurs et des chauves-souris, on pourrait considérer que la question du nombre d’implantations d’éoliennes ne devrait pas s’attarder sur des questions esthétiques dans un paysage totalement artificialisé.

Dans cette situation, il reste donc deux solutions :

  1. Le territoire est considéré définitivement comme industriel et les trames de champs d’éoliennes viennent se superposer à un nouveau parcellaire d’agriculture intensive. Les collines sont mises sous cloche pour les protéger. Il est donc possible de développer efficacement l’énergie éolienne en densifiant totalement et systématiquement les implantations. Cette concentration permet de déconcentrer d’autres sites.
  2. L’agriculture intensive est reconsidérée et remplacée par une agriculture plus respectueuse de l’environnement reconstituant les rus, les liens arborés, les haies, les bosquets, etc. Les éoliennes s’inscrivent dans ce paysage où les dimensions verticales multiples les intègrent.