Auteur(s): MTA architectes

Centre de vacances

Nous démarrons en 1998, jeunes architectes, à Clermont-Ferrand, sur une intuition initiale – nourrie par la notion de « régionalisme critique » chère à Kenneth Frampton – celle des liens mouvants et en mouvement entre territoire et architecture… intuition qui incorpore nos propres initiales et forme MTA (Mouvement entre Territoire et Architecture).
Doucement, nous allons être confrontés à la mutation de cette « terre du milieu » : déprise du monde rural, mise en friche, désindustrialisation aussi. Là où Frampton associait l’émergence du régionalisme critique à une certaine prospérité d’un territoire, il nous fallait changer de concept, d’attitude face à l’abandon constaté et l’appauvrissement grandissant. Dans nos prospections pour vivre de notre métier, l’opération du centre de vacances La Planche à Viscomtat, dans le Puy-de-Dôme, constitue une expérience de ce renversement.
Questionnés par un maître d’ouvrage nouveau, la Communauté de Communes de la Montagne Thiernoise, intéressé par une de nos premières réalisations, notre discours rencontre la force de résistance, l’énergie de l’élu (son président Paul Rodier) et du technicien (son directeur Christophe Castanié) pour qu’une ancienne ferme communautaire ne disparaisse pas. Un peu à l’écart de tout, face au doux effacement de corps de bâti en pierre, aux charpentes bois cachées et brutalement taillées, ce lieu rassemble tous les éléments nécessaires à une survie dans un milieu pouvant être à la fois fertile, dur, hostile l’hiver, ce que nous avons éprouvé lors du chantier. Littéralement, nous avons exhumé, recreusé, révélant les affleurements rocheux, cherché, récolté, replacé des pièces de charpente, des troncs d’arbres gisant là, des dosses de résineux de la scierie voisine, par poésie architecturale et pour une pleine puissance expressive de la matière ressource, ici « élémentale »… en dépassant le discours sur la frugalité, concept utile mais trop associé au monde rural, suggérant fatalisme et restriction.
Ici, c’est un de ces « petits miracles républicains » qui a eu lieu, par la solidarité et la redistribution entre territoires – faite d’impôts et de subventions –, par la mobilisation, la gouvernance politique et l’intelligence de l’ingénierie territoriale. Où l’état de friche est une nouvelle richesse dans la ruralité que l’on nomme la « féralité ». Où l’architecture est géo-poétique et « élémentale », expérience la plus directe possible avec ce qu’il reste de sauvage – ici l’arbre, le bois, la pierre… alors extravertis, tournés vers le monde extérieur.

Programme : Réhabilitation restructuration d’un ancien corps de ferme en gîte de moyenne montagne