, ,

Auteur(s): ROUSSEAU Romain Rousseau, GUTH Sabine
Contributeur: ENSA Nantes

Borderline

Le studio de projet Borderline /le projet architectural comme posture critique et recherche en action a pour principal objectif d’offrir aux étudiants de Master le goût et les moyens d’une émancipation nécessaire à une pratique du projet engagée. Cet enseignement vise à contribuer à l’élaboration d’une critique du conditionnement des acteurs et des logiques de projet à l’œuvre dans les différents territoires composant nos cadres de vie, en concevant des projets capables de saisir et dépasser ces conditionnements.

Considérant que le projet critique n’est opérant que dans sa confrontation à un savoir acquis, la base de travail pour les étudiants est la mise à l’épreuve d’une pensée constituée : leur mémoire de Master. Le trajet réflexif d’un travail théorique vers une proposition de projet induit de fait une altération du modèle et de la référence et ouvre la possibilité d’une prise de position personnelle.

L’approche du studio de projet est résolument transdisciplinaire et itérative. Elle prend appui sur un triple protocole d’interrogation :

  1. La frontière comme méthode, permettant le décentrement du regard, ou comment être borderline de sa discipline pour travailler avec les autres, envisager la frontière comme un trajet entre espace physique et imaginé, entre-deux, lieu de passage et occasion singulière de production de savoirs ;
  2. Penser l’impensé ou s’intéresser avant tout aux situations qui apparaissent négligées ou en creux de la fabrication de la ville, angles morts de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage, hors champs de la « grande » commande publique visible ;
  3. Désobéir à la limite ou remettre en cause les cadres juridiques pour revenir à l’esprit de la loi, inventer des ruses et des détournements, jouer l’ambiguïté : toutes choses nécessaires quand on œuvre avec des moyens réduits et si l’on travaille à replacer au cœur des processus de projet des acteurs, des savoir-faire, des idées qui en sont habituellement absents ou peu visibles.

Le travail critique mené dans Borderline sur le territoire nantais déplace les savoirs et acquis des étudiants, futurs architectes eux-mêmes. L’altération puis l’enrichissement d’une pensée construite et problématisée par l’appréhension d’un déjà-là banal, sans attributs savants ou institutionnels, oblige en fin de compte à « faire avec », à bricoler, à questionner abruptement ce qui pourrait s’exprimer comme une parole d’expert. Il montre alors, qu’au-delà des regards convenus et des réflexes projectuels, les « territoires du quotidien » sont partout.

Programme : Déplacer les savoir-faire et les acquis